WHO Model Formulary: Les normes internationales pour les génériques essentiels

En 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié sa 23e édition de la Liste modèles des médicaments essentiels - un document qui guide plus de 150 pays dans le choix des médicaments les plus vitaux pour leurs populations. Ce n’est pas une simple liste. C’est le socle technique sur lequel repose l’accès aux génériques abordables dans les pays les plus pauvres du monde. Et pourtant, beaucoup confondent cette liste avec un formulaire hospitalier ou un catalogue d’assurance. Ce n’est pas la même chose.

Qu’est-ce que la Liste modèles de l’OMS ?

La Liste modèles des médicaments essentiels de l’OMS n’est pas une recommandation vague. C’est un outil scientifique, rigoureusement construit. Chaque médicament inclus a passé un filtre strict : efficacité prouvée par des essais cliniques de haute qualité, sécurité démontrée, et surtout, un rapport coût-efficacité qui justifie son choix face à d’autres options. Pour être retenu, un médicament doit répondre à trois critères fondamentaux : il doit traiter une maladie qui touche au moins 100 personnes pour 100 000 habitants, il doit être plus efficace ou moins cher que les alternatives, et il doit être utilisable dans un système de santé de base - sans équipement high-tech ni spécialiste.

En 2023, cette liste contient 591 médicaments, dont 273 sont des génériques. Ce n’est pas un hasard. L’OMS a fait le choix délibéré de privilégier les génériques. Pourquoi ? Parce que dans les régions où les gens vivent avec moins de 2 dollars par jour, un médicament coûteux n’est pas un médicament - c’est un luxe inaccessible. Les génériques, quand ils sont de qualité, permettent de traiter des maladies comme le diabète, l’hypertension ou le VIH à un coût 80 à 90 % plus bas.

Comment les médicaments sont-ils sélectionnés ?

Chaque deux ans, un comité de 25 experts indépendants, venus de 18 pays différents, se réunit à Genève pour examiner plus de 200 demandes d’ajout ou de modification. Ils ne votent pas. Ils évaluent. Chaque médicament est noté sur 10 dans quatre catégories : pertinence pour la santé publique (30 %), efficacité et sécurité (30 %), coût-efficacité (25 %), et faisabilité d’implémentation (15 %). Pour être retenu, il faut au moins 7,5 sur 10 au total, et au moins 7 dans chaque catégorie.

Les données utilisées viennent de revues systématiques, de méta-analyses, et d’études de terrain. En 2023, 94 % des décisions étaient fondées sur des preuves de niveau 1a ou 1b - la plus haute échelle de qualité en médecine. Mais il y a un problème : 45 % des données d’efficacité proviennent désormais d’essais financés par l’industrie pharmaceutique, contre 28 % en 2015. Ce changement a suscité des inquiétudes chez certains chercheurs, qui craignent une influence accrue des laboratoires. L’OMS affirme avoir renforcé ses politiques de transparence : tous les membres du comité doivent désormais déclarer tous leurs liens financiers, et 100 % ont respecté cette règle en 2023.

Les génériques : la clé de l’accès universel

La Liste modèles ne se contente pas de lister des génériques. Elle les impose comme norme. Pour qu’un générique soit inclus, il doit être certifié par l’OMS (préqualification) ou approuvé par une autorité de référence comme la FDA (États-Unis) ou l’EMA (Europe). Ces certifications exigent des études de bioéquivalence strictes : les concentrations dans le sang doivent être entre 80 % et 125 % de celles du médicament d’origine. Pour les médicaments à marge étroite - comme la warfarine ou la levothyroxine - cette plage se resserre à 90-111 %.

Ces exigences ont eu un impact massif. Entre 2008 et 2022, le prix moyen des antirétroviraux génériques pour le VIH est tombé de 1 076 $ à 119 $ par patient et par an. Grâce à cela, le nombre de personnes traitées dans le monde est passé de 800 000 à près de 30 millions. Sans les génériques certifiés par l’OMS, cette progression aurait été impossible.

Les fabricants de génériques le savent. Entre 2018 et 2023, le nombre de produits génériques préqualifiés par l’OMS a augmenté de 47 %. Des entreprises d’Inde, de Chine et d’Afrique du Sud ont investi des millions pour obtenir cette certification, car c’est la seule porte d’entrée vers les marchés publics mondiaux : le Fonds mondial, l’UNICEF, et les programmes de l’OMS ne commandent que des médicaments préqualifiés. En 2023, 85 % des achats du Fonds mondial respectaient cette règle.

Pharmacienne offrant un générique certifié à un enfant, avec l'application OMS en arrière-plan.

La liste modèles vs. les formulaires nationaux

Beaucoup pensent que la Liste modèles est un formulaire. Ce n’est pas le cas. Un formulaire hospitalier, comme ceux utilisés aux États-Unis ou au Canada, décide quels médicaments sont remboursés, à quel niveau de co-paiement, et combien d’options existent dans chaque catégorie. Par exemple, Medicare Part D exige au moins deux médicaments par catégorie thérapeutique.

La Liste modèles de l’OMS, elle, ne se soucie pas de choix multiples. Elle choisit le meilleur. Parfois, il n’y en a qu’un seul. Par exemple, pour le traitement de la tuberculose multirésistante, elle recommande un seul schéma. Pas parce qu’elle veut limiter les options, mais parce que les preuves montrent qu’un seul est suffisamment efficace et sûr. Ce n’est pas une restriction - c’est une rationalisation.

Les pays qui suivent cette logique obtiennent de meilleurs résultats. Une étude publiée en 2024 dans le Journal of Managed Care & Specialty Pharmacy montre que les pays ayant adopté la Liste modèles réduisent leurs dépenses pharmaceutiques de 23 à 37 %, sans baisser la qualité des soins. En Ghana, la mise en œuvre des recommandations de l’OMS a permis de réduire les dépenses directes des patients de 29 % entre 2018 et 2022.

Les limites : quand la liste ne suffit pas

La Liste modèles est puissante. Mais elle ne résout pas tout. Dans 68 % des pays à revenu faible, les autorités de santé déclarent ne pas pouvoir l’appliquer pleinement. Pourquoi ? Parce qu’elle ne dit pas comment. Elle ne donne pas de directives sur la logistique, la formation des pharmaciens, ou la gestion des ruptures de stock.

En Nigéria, une enquête de 2022 a révélé que seulement 41 % des médicaments listés étaient disponibles en permanence. Les ruptures d’approvisionnement duraient en moyenne 58 jours par médicament. Ce n’est pas la faute de la liste - c’est la faute du système. La Liste modèles peut dire qu’il faut de l’insuline. Elle ne peut pas garantir que les camions arriveront à temps dans les villages isolés.

Un autre problème : les génériques de mauvaise qualité. L’OMS a détecté en 2022 que 10,5 % des échantillons de médicaments essentiels dans les pays à revenu faible et intermédiaire étaient falsifiés ou de qualité inférieure. Les antibiotiques et les antipaludéens sont les plus touchés. Même si un générique est préqualifié, il peut être contrefait en chemin. La certification n’est qu’un point de départ - pas une garantie absolue.

Scène divisée : pharmacie occidentale surchargée vs. clinique simple avec un seul générique essentiel.

Les évolutions récentes : vers une liste plus pragmatique

En 2023, l’OMS a fait un pas important. Elle a intégré des critères spécifiques pour les biosimilaires - des versions de médicaments biologiques comme les anticorps monoclonaux. Sept ont été ajoutés, avec des exigences de bioéquivalence plus strictes : 85-115 %. C’est une avancée majeure pour traiter le cancer et les maladies auto-immunes dans les pays pauvres.

Elle a aussi augmenté le nombre de formulations adaptées aux enfants. En 2019, seulement 29 % des médicaments avaient une version pédiatrique. En 2023, ce chiffre est passé à 42 %. C’est crucial : un enfant ne peut pas avaler une pilule conçue pour un adulte. Sans formulations adaptées, les traitements échouent.

En septembre 2023, l’OMS a lancé une application mobile gratuite, téléchargeable dans 158 pays. Elle a déjà été installée plus de 127 000 fois. C’est la première fois qu’un outil aussi simple est mis à disposition des pharmaciens de campagne, des infirmières, et des travailleurs de santé communautaire. Pour la première fois, la Liste modèles n’est plus réservée aux ministères de la Santé - elle est dans les poches de ceux qui la mettent en œuvre.

Le futur : vers une couverture universelle

L’OMS a fixé un objectif clair : porter la disponibilité des médicaments essentiels dans les soins de santé primaires de 65 % à 80 % d’ici 2030. C’est l’un des indicateurs clés du développement durable. Mais pour y arriver, il faut plus que des listes. Il faut des budgets. Seuls 31 % des pays à revenu faible consacrent plus de 15 % de leur budget santé à la pharmacie - le seuil minimum recommandé par l’OMS.

Le vrai défi n’est plus de choisir les bons médicaments. C’est de les faire arriver. Les génériques existent. Les prix sont bas. Les preuves sont là. Ce qui manque, c’est la volonté politique et les systèmes logistiques capables de les distribuer.

La Liste modèles de l’OMS n’est pas une solution miracle. Mais c’est le seul outil au monde qui a prouvé qu’il est possible de soigner des millions de personnes avec des médicaments à 1 dollar. Et c’est déjà une révolution.

La Liste modèles de l’OMS est-elle obligatoire pour les pays ?

Non, elle n’est pas obligatoire. Mais presque tous les pays la suivent. Plus de 150 pays ont créé leur propre Liste nationale des médicaments essentiels, basée sur celle de l’OMS. C’est devenu la norme mondiale, même si certains pays l’adaptent ou la modifient selon leurs besoins locaux. Ce n’est pas une loi, mais c’est la référence la plus respectée au monde.

Pourquoi les génériques sont-ils préférés dans la Liste modèles ?

Parce qu’ils sont aussi efficaces et sûrs que les médicaments d’origine, mais beaucoup moins chers. L’OMS cherche à maximiser l’accès, pas la rentabilité. Un générique certifié coûte souvent 10 à 100 fois moins cher, ce qui permet de traiter des millions de personnes avec les mêmes ressources. Les génériques sont la clé pour atteindre la couverture sanitaire universelle.

Les médicaments de la Liste modèles sont-ils disponibles partout dans le monde ?

Pas toujours. La liste définit ce qui devrait être disponible, mais pas comment l’acheminer. Dans de nombreux pays pauvres, les ruptures de stock sont fréquentes à cause de problèmes logistiques, de manque de financement ou de corruption. La liste ne résout pas les défis du système de santé - elle en donne les priorités.

Les pays riches utilisent-ils la Liste modèles de l’OMS ?

Ils l’utilisent rarement pour leurs formularies nationaux, mais ils la consultent pour les programmes internationaux. Par exemple, les hôpitaux américains qui travaillent en Afrique ou en Asie utilisent la liste pour guider leurs achats. En revanche, pour leurs propres hôpitaux, ils se fient à des bases de données locales comme Micromedex. La liste est plus un outil de justice globale qu’un guide de pratique domestique.

Comment savoir si un générique est conforme à la Liste modèles de l’OMS ?

Vérifiez s’il est certifié par la préqualification de l’OMS. Cette information est publique sur le site de l’OMS. Les génériques préqualifiés portent souvent une mention sur l’emballage ou dans les documents de livraison. Si vous êtes un professionnel de santé, demandez à votre fournisseur de vous montrer le numéro de préqualification. Sans cela, vous ne pouvez pas être sûr de la qualité.

8 Commentaires


  • Benoit Dutartre
    Benoit Dutartre dit:
    janvier 26, 2026 at 13:30

    Je parie que les labos ont payé les experts pour qu'ils gardent les médicaments chers dans la liste. L'OMS est une marionnette. 🤡/p>

  • Régis Warmeling
    Régis Warmeling dit:
    janvier 27, 2026 at 03:29

    La vie, c'est juste une question de choix. On choisit de soigner ou de laisser mourir. Cette liste, c'est le reflet de ce qu'on pense être juste. Pas de mystère./p>

  • Jean-Michel DEBUYSER
    Jean-Michel DEBUYSER dit:
    janvier 29, 2026 at 00:09

    Tout le monde parle des génériques comme s'ils étaient magiques, mais personne ne regarde derrière le rideau. Tu penses vraiment que 10% de médicaments contrefaits, c'est normal ?/p>

  • Philippe Labat
    Philippe Labat dit:
    janvier 30, 2026 at 22:26

    J'ai vu ça en Afrique de l'Ouest. Un pharmacien m'a montré une boîte de générique avec le logo OMS… mais c'était du plastique imprimé. La liste, c'est bien. Mais sans chaîne logistique, c'est juste un poster dans un bureau vide. 🌍/p>

  • Joanna Bertrand
    Joanna Bertrand dit:
    janvier 31, 2026 at 04:00

    Je trouve ça impressionnant qu'ils aient ajouté des formulations pour enfants. C'est un petit pas, mais c'est un pas humain. 🙏/p>

  • Stephane Boisvert
    Stephane Boisvert dit:
    février 1, 2026 at 10:53

    La rationalisation thérapeutique, en tant que principe éthique, implique une hiérarchisation des besoins fondamentaux au sein d’un système de santé déterminé par des contraintes structurelles de rareté. La liste modèles, en ce sens, constitue une formalisation épistémologique de la justice distributive./p>

  • Lionel Chilton
    Lionel Chilton dit:
    février 2, 2026 at 09:48

    C’est fou ce qu’on peut faire avec 1 dollar. 💪 On a pas besoin de 5000€ de traitement pour sauver une vie. Merci OMS 🙌❤️/p>

  • Brigitte Alamani
    Brigitte Alamani dit:
    février 4, 2026 at 01:09

    Et les pays riches qui utilisent ça pour leurs projets à l’étranger mais pas chez eux ? C’est du bon sens ou de l’hypocrisie ? Je vote pour les deux./p>

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