Vous avez pris votre médicament comme indiqué, mais vous ne comprenez pas vraiment ce que le pharmacien vous a dit. Est-ce qu’il faut le prendre avant ou après les repas ? Combien de gouttes par jour ? Et si vous avez mal à l’estomac, est-ce normal ou un signe d’alerte ? Pour des milliers de personnes au Québec, au Canada et partout dans le monde, ces questions ne sont pas théoriques - elles sont une question de vie ou de mort. Les barrières linguistiques dans les soins de santé ne sont pas juste un inconfort. Elles causent des erreurs médicamenteuses, des hospitalisations, et parfois des décès évitables.
Les erreurs de médication sont plus fréquentes quand on ne parle pas la langue
Les études le montrent clairement : les enfants dont les parents ont une maîtrise limitée de l’anglais ont deux fois plus de chances de subir une erreur médicamenteuse que les enfants dont les parents parlent couramment l’anglais. Dans une étude menée à Philadelphie en 2022, 17,7 % des familles avec une faible maîtrise de l’anglais ont rapporté une erreur liée aux médicaments, contre seulement 9,6 % pour les familles anglophones. Ces erreurs ne sont pas dues à un manque de vigilance des parents. Elles viennent d’un système qui ne leur donne pas les moyens de comprendre.Les conséquences ne sont pas seulement théoriques. Une mère de Montréal, qui ne parlait pas anglais, a reçu des instructions pour son insuline via Google Translate. Le mot « dropperful » - une gouttière complète - a été traduit comme « une goutte ». Elle a donné la mauvaise dose pendant plusieurs jours. Son fils a été hospitalisé. Ce n’est pas un cas isolé. Des centaines de cas similaires sont rapportés chaque année dans les services d’urgence.
Les traductions automatiques ne sont pas une solution
Beaucoup pensent qu’une application de traduction, comme Google Translate ou DeepL, peut résoudre le problème. Ce n’est pas vrai. Les systèmes de traduction automatique ne comprennent pas le contexte médical. Un mot comme « bid » peut être traduit comme « seau » au lieu de « bouteille de perfusion ». « Take with food » devient « Prendre avec la nourriture » - mais sans préciser si c’est avant, pendant ou après. Même les termes simples comme « pour trente jours » ou « une cuillère à café » ne sont pas toujours traduits correctement dans les systèmes de pharmacie.Une étude dans le Bronx a montré que 31 % des pharmacies ne pouvaient même pas imprimer les étiquettes de médicaments en espagnol, malgré le fait que la moitié de leur clientèle était hispanophone. Et quand elles le font, les traductions sont souvent incomplètes ou mal formulées. Les traductions automatiques ne sont pas conçues pour la médecine. Elles ne connaissent pas les termes techniques, les interactions médicamenteuses, ni les avertissements critiques. Elles peuvent sembler utiles, mais elles sont dangereuses.
Les interprètes professionnels sauvent des vies
La solution la plus efficace, c’est l’interprétation professionnelle. Que ce soit en personne, par téléphone ou en vidéo, un interprète formé en santé sait exactement comment traduire des phrases comme « Prendre une fois par jour, au coucher » ou « Ne pas consommer d’alcool pendant ce traitement ». Des recherches montrent que l’utilisation d’interprètes professionnels réduit les erreurs médicales jusqu’à 50 % chez les patients ayant une maîtrise limitée de la langue.Comparez cela à l’interprétation par un membre de la famille. Dans une étude de Milwaukee, 1 pharmacien sur 9 utilisait encore un enfant ou un ami pour traduire. Résultat ? Un quart des traductions étaient fausses - pas parce que la personne voulait mal faire, mais parce qu’elle ne connaissait pas les termes médicaux. « Anticoagulant » n’est pas un mot qu’on utilise à la maison. « Hypotension » n’est pas un mot qu’un enfant de 12 ans comprend.
Les coûts sont réels : un interprète en personne coûte entre 50 et 100 $ l’heure. Un appel téléphonique ou une vidéo coûte entre 3,50 $ et 6 $ la minute. Mais ce coût est minime comparé aux 1,7 milliard de dollars que le système de santé américain perd chaque année à cause des erreurs causées par des malentendus linguistiques. Et ce n’est pas seulement de l’argent. C’est de la souffrance. Des patients qui se sentent ignorés. Des familles qui perdent confiance dans le système.
La méthode du « teach-back » : Vérifiez que vous avez compris
Un outil simple mais puissant s’appelle le « teach-back ». C’est quand le professionnel de santé demande au patient : « Pouvez-vous me montrer comment vous allez prendre ce médicament ? » ou « Pouvez-vous me dire en vos propres mots ce que je viens de vous expliquer ? »Ça ne prend pas plus de deux minutes. Mais ça change tout. Dans un hôpital de Montréal, cette méthode a réduit les erreurs de médication chez les patients non anglophones de 40 % en un an. Pourquoi ? Parce qu’elle force la communication à être active, pas passive. Ce n’est plus : « J’ai dit ce qu’il fallait ». C’est : « Est-ce que vous avez bien compris ? »
Les patients qui utilisent cette méthode se sentent plus en sécurité. Ils posent plus de questions. Ils reviennent pour des clarifications. Et les professionnels de santé apprennent à adapter leur langage - à dire « une cuillère à café » au lieu de « 5 ml », à montrer une bouteille au lieu de décrire une forme de comprimé.
Les pharmacies doivent faire mieux
Les pharmacies sont le dernier point de contact avant que le patient ne prenne son médicament. Pourtant, elles sont souvent les plus mal équipées. Beaucoup n’ont pas de personnel bilingue. Elles n’ont pas de système pour imprimer des étiquettes dans d’autres langues. Et elles ne demandent même pas si le patient a besoin d’aide.Les pharmacies qui font les choses bien ont trois choses en commun : elles identifient automatiquement les patients ayant une maîtrise limitée de la langue à leur arrivée, elles ont un contrat avec un service d’interprétation en direct, et elles traduisent les instructions pour les médicaments les plus dangereux - comme les anticoagulants, les insulines, les médicaments pour l’épilepsie - dans les langues les plus parlées dans leur région.
À Montréal, par exemple, cela signifie traduire en français, en arabe, en espagnol, en chinois et en portugais. Ce n’est pas une question de luxe. C’est une question de sécurité. Et c’est une obligation légale. La Loi sur les droits de la personne du Québec et le Titre VI de la Loi sur les droits civils aux États-Unis exigent que les services de santé offrent une assistance linguistique.
Que faire si vous avez des difficultés linguistiques ?
Si vous ou un proche avez du mal à comprendre les instructions sur un médicament, voici ce que vous pouvez faire :- Demandez un interprète. Vous avez le droit de l’avoir, même si personne ne vous l’offre spontanément. Dites : « J’ai besoin d’un interprète pour comprendre ce médicament. »
- Ne laissez pas un enfant ou un ami traduire. C’est trop risqué.
- Demandez à voir les instructions écrites dans votre langue. Si elles ne sont pas disponibles, demandez qu’on les imprime.
- Utilisez la méthode du « teach-back » : répétez ce qu’on vous a dit dans vos propres mots.
- Si vous avez un doute, ne prenez pas le médicament. Appelez le pharmacien ou votre médecin. Il vaut mieux attendre que de se tromper.
Les changements arrivent - mais lentement
Heureusement, les choses évoluent. En 2022, les centres de santé américains ont été obligés de recueillir des données sur l’accès linguistique. En 2023, Medicare a commencé à rembourser les services d’interprétation en téléconsultation. En 2024, les systèmes d’historique médical comme Epic et Cerner vont intégrer des modules pour identifier automatiquement les préférences linguistiques.Le gouvernement fédéral canadien travaille aussi à des normes nationales pour l’accès linguistique. Mais la réalité sur le terrain reste inégale. Dans 29 % des hôpitaux, les services d’interprétation en ligne ne sont toujours pas disponibles. Et 37 % des patients ayant une maîtrise limitée de la langue disent qu’ils n’ont eu aucun contact avec un professionnel qui parle leur langue au cours des trois dernières années.
La solution ne viendra pas d’une seule technologie. Elle viendra d’un changement de culture. D’un système qui considère la langue comme un élément fondamental de la sécurité, pas comme un service optionnel. D’un système qui écoute, qui vérifie, qui s’adapte.
La sécurité des médicaments n’est pas seulement une question de dosage. C’est une question de compréhension. Et personne ne devrait être forcé de prendre un médicament sans savoir ce qu’il fait.
Est-ce que j’ai le droit d’avoir un interprète gratuit dans un hôpital au Québec ?
Oui. Au Québec, la Loi sur les droits de la personne et la Charte des droits et libertés de la personne garantissent à tout patient le droit d’être soigné dans sa langue. Les hôpitaux et les pharmacies doivent fournir un interprète professionnel gratuitement, que vous parliez arabe, chinois, espagnol, ou toute autre langue. Ce n’est pas un privilège - c’est une obligation légale.
Pourquoi les pharmacies ne traduisent-elles pas toujours les étiquettes des médicaments ?
Beaucoup de systèmes informatiques de pharmacie ne sont pas conçus pour traduire des termes médicaux précis, comme « une gouttière complète » ou « prendre une fois par jour ». Certains pharmacies n’ont pas les ressources pour imprimer des étiquettes multilingues, ou ne savent pas comment les demander. D’autres pensent à tort que les patients comprendront l’anglais. Mais ce n’est pas une excuse. La sécurité des patients prime sur la commodité.
Les applications de traduction comme Google Translate sont-elles dangereuses pour les médicaments ?
Oui, très dangereuses. Google Translate ne comprend pas le contexte médical. Il peut traduire « 10 mg par jour » comme « 10 milligrammes par jour » - ce qui est correct - mais il peut aussi traduire « pour trente jours » par « pendant 30 jours » sans préciser si c’est 30 comprimés ou 30 jours d’administration. Il peut confondre « gouttes » et « cuillères ». Une étude a montré que 25 % des traductions faites par des non-professionnels contiennent des erreurs critiques. Ne les utilisez jamais pour les médicaments.
Que faire si je ne comprends pas les instructions de mon médecin ?
Demandez immédiatement un interprète. Si vous êtes dans un cabinet, dites : « Je ne comprends pas. J’ai besoin d’un interprète. » Si vous êtes à la pharmacie, demandez à parler au pharmacien et dites : « Je ne suis pas sûr de comment prendre ce médicament. » Ne prenez pas le médicament avant d’être certain. Mieux vaut attendre un appel de retour que de risquer une réaction grave.
Existe-t-il des ressources gratuites pour les patients qui ne parlent pas le français ou l’anglais ?
Oui. Dans la région de Montréal, le Réseau de santé et de services sociaux offre des services d’interprétation téléphonique 24/7 en plus de 100 langues. Vous pouvez aussi contacter l’Organisation des Nations Unies pour les migrants ou le Centre d’information et d’orientation en santé (CIO) pour obtenir des documents traduits sur les médicaments. Certains organismes communautaires offrent aussi des ateliers pour apprendre à lire les étiquettes de médicaments dans votre langue.
3 Commentaires
Google Translate pour les médicaments ? C’est comme utiliser un marteau pour visser une vis - et ensuite dire ‘j’ai fait de mon mieux’.
/p>Oh bien sûr, les pharmaciens ont juste oublié de parler toutes les langues du monde… pendant que les patients meurent en silence. 😏
/p>La langue n’est pas un luxe… c’est le pont entre la peur et la compréhension
/p>Et quand ce pont s’effondre… personne ne s’en rend compte… jusqu’à ce qu’il soit trop tard