Infections à HPV : Vaccination, dépistage et prévention du cancer

Le virus du papillome humain (HPV) est l’infection sexuellement transmissible la plus courante au monde. Près de 80 % des personnes sexuellement actives en seront infectées à un moment donné de leur vie. La plupart du temps, l’organisme élimine naturellement le virus sans conséquence. Mais certains types de HPV, surtout les types 16 et 18, peuvent persister et provoquer des lésions précancéreuses qui, si elles ne sont pas traitées, évoluent en cancer du col de l’utérus, mais aussi en cancers de la gorge, de l’anus, du pénis ou du vagin. La bonne nouvelle ? Ces cancers sont préventibles.

La vaccination : la première ligne de défense

La vaccination contre le HPV est l’outil le plus puissant pour éviter les cancers liés au virus. Les vaccins actuels, comme Gardasil 9, protègent contre neuf types de HPV, dont les deux plus dangereux (16 et 18) responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus. Le vaccin est efficace à plus de 90 % lorsqu’il est administré avant toute exposition au virus.

Les recommandations au Canada et aux États-Unis sont claires : la vaccination est recommandée dès 9 ans, idéalement avant 15 ans, avec deux doses espacées de 6 mois. Pour les adolescents et jeunes adultes de 15 à 26 ans, trois doses sont nécessaires. Les adultes de 27 à 45 ans peuvent aussi se faire vacciner, mais l’efficacité diminue si une exposition au virus a déjà eu lieu. Le vaccin ne traite pas une infection existante - il prévient les futures infections.

Les garçons et les hommes doivent aussi être vaccinés. Non seulement cela les protège contre les cancers du pénis et de l’anus, mais cela réduit aussi la transmission du virus aux partenaires féminines. Dans les pays où la couverture vaccinale dépasse 80 % chez les adolescentes et les adolescents, les cas de lésions précancéreuses ont chuté de 80 à 90 % en moins de dix ans.

Le dépistage : même vacciné, on continue à se faire dépister

Beaucoup pensent qu’une fois vacciné, plus besoin de dépistage. C’est une erreur. Le vaccin ne protège pas contre tous les types de HPV. Même avec une vaccination complète, le dépistage reste essentiel.

Depuis 2020, les grandes organisations de santé - comme l’American Cancer Society et l’USPSTF - ont changé leurs recommandations. Le test HPV, qui détecte directement le virus, est désormais la méthode privilégiée pour le dépistage du cancer du col de l’utérus chez les femmes de 25 à 65 ans. Il est plus fiable que le frottis traditionnel (Pap) : il détecte 95 % des lésions précancéreuses contre 55 % pour le Pap seul.

Le protocole actuel est simple :

  • De 25 à 29 ans : un test HPV tous les 5 ans (ou un frottis tous les 3 ans si le test HPV n’est pas disponible).
  • De 30 à 65 ans : un test HPV tous les 5 ans (méthode préférée). On peut aussi faire un frottis seul tous les 3 ans, ou un test HPV + frottis tous les 5 ans.
  • Après 65 ans : pas de dépistage si les résultats précédents étaient normaux pendant 10 ans.

Le test HPV ne se fait pas avec un frottis vaginal, mais avec un échantillon de cellules du col de l’utérus, prélevé comme pour un Pap. Le laboratoire cherche ensuite l’ADN des 14 types de HPV à haut risque, dont les types 16 et 18.

Le nouveau visage du dépistage : l’auto-prélèvement

Un des plus grands obstacles au dépistage ? La gêne, la peur, le manque d’accès ou le refus de l’examen gynécologique. Selon les données du CDC, 30 % des cancers du col de l’utérus surviennent chez des femmes qui n’ont jamais été dépistées.

Depuis 2024, l’auto-prélèvement HPV est reconnu comme une méthode valide. Une femme peut, chez elle, utiliser un petit coton-tige pour prélever elle-même des cellules du vagin, puis les envoyer au laboratoire. Les études montrent que cette méthode a la même précision que le prélèvement fait par un professionnel - 84 % de sensibilité, 91 % de spécificité.

Dans des régions comme l’Australie et les Pays-Bas, l’auto-prélèvement a augmenté les taux de dépistage de 30 à 40 % chez les femmes qui n’avaient jamais été dépistées. Au Québec, des projets pilotes sont en cours dans les régions éloignées et chez les populations marginalisées. Ce n’est plus une innovation du futur - c’est une réalité aujourd’hui.

Une femme effectue un auto-prélèvement HPV chez elle, entourée de lumière douce et d'une interface numérique.

Que faire si le test HPV est positif ?

Un test HPV positif ne signifie pas qu’on a un cancer. Cela signifie juste que le virus est présent. La plupart du temps, il disparaît tout seul.

Le protocole est clair :

  • Si le test est positif pour HPV 16 ou 18 : on fait une colposcopie (examen du col avec une loupe) immédiatement.
  • Si le test est positif pour un autre type à haut risque : on fait un frottis en complément. Si le frottis est anormal, on fait une colposcopie. S’il est normal, on répète le test HPV dans un an.

Ce système de « triage » évite les interventions inutiles. Il permet de cibler les femmes à risque réel, sans stresser les autres.

Les inégalités persistent - et elles tuent

Malgré les progrès, les inégalités sont criantes. Aux États-Unis, les femmes noires ont un taux de mortalité par cancer du col de l’utérus 70 % plus élevé que les femmes blanches. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, seulement 19 % des femmes ont déjà été dépistées, contre 80 % dans les pays riches.

En cause ? Le manque d’accès aux soins, la pauvreté, la langue, la peur du système médical, ou encore la désinformation. La vaccination et le dépistage ne servent à rien s’ils ne sont pas accessibles à tous.

Le programme de l’OMS, avec ses objectifs 90-70-90 d’ici 2030, vise à changer cela : 90 % des filles vaccinées avant 15 ans, 70 % des femmes dépistées à 35 et 45 ans, et 90 % des lésions traitées. Si ces cibles sont atteintes, on pourrait éviter 62 à 77 millions de cas de cancer du col d’ici 2120.

Examen colposcopique high-tech avec une carte mondiale montrant les progrès de la prévention du cancer du col.

Le futur : l’intelligence artificielle et les intervalles plus longs

Les recherches continuent. En janvier 2023, la FDA a approuvé le premier système d’intelligence artificielle pour analyser les frottis. L’algorithme Paige.AI détecte les cellules anormales avec une précision comparable à celle d’un pathologiste expérimenté. Il pourrait réduire les erreurs humaines et alléger la charge de travail des laboratoires.

De nouvelles études suggèrent aussi que les intervalles de dépistage pourraient s’allonger. Une recherche publiée en 2023 par l’AACR montre que chez les femmes ayant eu deux tests HPV négatifs à cinq ans d’intervalle, le risque de cancer du col est si faible qu’un test tous les six ans pourrait être suffisant. Ce n’est pas encore une recommandation officielle, mais ça donne une idée de la direction prise.

Le message est clair : le cancer du col de l’utérus n’est plus une maladie inéluctable. Il est devenu une maladie évitable - grâce à la science, à la prévention et à l’accessibilité.

Que faire maintenant ?

  • Si vous avez entre 9 et 26 ans : faites-vous vacciner, même si vous êtes déjà sexuellement actif.
  • Si vous avez entre 25 et 65 ans : demandez un test HPV tous les 5 ans. Ne vous fiez pas au frottis seul.
  • Si vous avez peur du gynécologue : demandez l’auto-prélèvement HPV. C’est une option valide, discrète et efficace.
  • Si vous êtes un homme : encouragez les femmes de votre entourage à se faire dépister et à se vacciner. La prévention, c’est aussi une responsabilité partagée.

Le cancer du col de l’utérus est l’un des rares cancers qu’on peut éradiquer complètement. Ce n’est pas une question de chance. C’est une question de choix - et de dépistage régulier.

6 Commentaires


  • james hardware
    james hardware dit:
    janvier 28, 2026 at 03:28

    Je viens de faire vacciner ma fille de 12 ans. Personne ne me croit quand je dis que c’est la meilleure décision qu’on ait prise comme famille. On a attendu trop longtemps, et maintenant, c’est une question de survie, pas de mode.

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  • Anne Yale
    Anne Yale dit:
    janvier 30, 2026 at 00:59

    Le vaccin, c’est bien, mais les gynécologues, c’est la merde. Je refuse de me faire toucher par un inconnu. Et non, je ne vais pas me faire un auto-prélèvement, c’est de la propagande pharmaceutique.

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  • alain saintagne
    alain saintagne dit:
    janvier 31, 2026 at 10:44

    Vous avez vu les chiffres ? En Australie, avec l’auto-prélèvement, les taux de dépistage ont bondi. Chez nous, on parle de « gêne » comme si c’était un tabou moral. C’est une question de santé publique, pas de pudibonderie. On peut pas continuer à laisser des femmes mourir parce qu’elles ont peur d’un coton-tige.

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  • Vincent S
    Vincent S dit:
    janvier 31, 2026 at 18:33

    Il convient de souligner que la littérature scientifique actuelle, notamment les méta-analyses publiées dans The Lancet Oncology et le Journal of the National Cancer Institute, confirme une efficacité statistiquement significative du vaccin HPV à neuf valences, avec une réduction de l’incidence des lésions CIN2+ de 88,7 % chez les cohortes vaccinées avant l’âge de 15 ans. L’auto-prélèvement, bien que non inférieur en sensibilité, nécessite une standardisation des protocoles de transport et d’analyse moléculaire pour garantir la non-dégradation de l’ADN viral.

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  • BERTRAND RAISON
    BERTRAND RAISON dit:
    février 1, 2026 at 11:21

    Le vaccin, c’est du pipi de chat. J’ai 35 ans, j’ai jamais été vacciné, et je respire encore. Pourquoi je me ferais piquer pour un truc qui passe tout seul ?

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  • Claire Copleston
    Claire Copleston dit:
    février 3, 2026 at 01:37

    On a transformé le corps des femmes en champ de bataille médical. Vaccin, dépistage, auto-prélèvement, colposcopie… On leur dit qu’elles sont en danger tout le temps. Et si le vrai cancer, c’était la peur qu’on leur a inoculée ?

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